Le crédit d’impôt pour l’installation d’une borne de recharge à domicile a pris fin le 31 décembre 2025. La loi de finances 2026, votée le 17 novembre 2025, n’a pas reconduit le dispositif. Si vous avez fait poser une borne pour votre voiture électrique et payé la facture en 2025, vous bénéficiez encore du crédit d’impôt sur votre déclaration de revenus du printemps 2026. Au-delà, l’aide n’existe plus pour les particuliers en maison individuelle. Reste la prime ADVENIR (copropriété), la TVA réduite à 5,5 % et les aides locales. On déroule.
Comprendre le crédit d’impôt borne de recharge (CIBRE)
Avant d’attaquer le détail des conditions et du montant, deux mots sur la nature et l’origine du dispositif. Comprendre son cadre légal, c’est aussi comprendre pourquoi il a fini par disparaître.
Un dispositif fiscal codifié à l’article 200 quater C du CGI
Le CIBRE — Crédit d’Impôt pour les Bornes de Recharge Électrique — a été créé par la loi de finances 2021 et codifié à l’article 200 quater C du Code général des impôts. Il a remplacé le volet « borne » du CITE. Son objet : alléger le coût d’acquisition et de pose d’un système de charge pour véhicule électrique installé au domicile du contribuable. La loi de finances 2023 l’a prolongé jusqu’au 31 décembre 2025, puis la LF 2024 l’a recentré sur les seules bornes pilotables avec un plafond porté de 300 € à 500 €.
Pourquoi cette aide a existé
La recharge à domicile concentre environ 85 % des recharges de voitures électriques (Avere-France). Le parc roulant dépasse aujourd’hui 1,5 million de véhicules 100 % électriques et 180 000 points de recharge ouverts au public. Le CIBRE servait à pousser les particuliers vers des bornes communicantes capables de moduler la puissance — un enjeu de stabilité du réseau autant que de transition énergétique et de mobilité électrique.
Conditions d’éligibilité : qui pouvait en bénéficier
L’aide était ouverte largement, mais pas sans cadre. Trois familles de critères devaient être réunies : un côté contribuable, un côté logement, un côté borne et installation. Détail.
Côté contribuable
Trois critères : être domicilié fiscalement en France, dépense payée entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2025, justificatifs conservés. Aucune condition de revenus. Propriétaires, locataires et occupants à titre gratuit y ont droit. Pour un couple marié pacsé, la limite est de deux systèmes de charge — un par membre du foyer fiscal.
Côté logement
Le crédit d’impôt s’applique à l’habitation principale ou à la résidence secondaire, en maison individuelle comme en logement collectif. Aucune condition d’ancienneté du logement. Un même logement ne donne droit qu’à un seul système charge au titre de l’aide fiscale — pas deux bornes dans le même garage.
Côté borne et installation
Depuis le 1er janvier 2024, seules les bornes pilotables ouvrent droit au crédit. L’arrêté du 24 avril 2024 (JO du 4 mai 2024) a inscrit trois conditions cumulatives à l’article 18 ter A de l’annexe IV du CGI :
| Critère | Exigence |
|---|---|
| Prise / connecteur | Type 2 (annexe II règlement UE 2023/1804) |
| Modulation | Puissance modulable sur signaux tarifaires fournisseur et signaux du gestionnaire de réseau de distribution |
| Pose | Réalisée par l’entreprise qui fournit l’équipement (ou son sous-traitant), qualifiée IRVE |
Une simple prise renforcée Green’up n’a jamais été éligible. La qualification IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques) de l’installateur est obligatoire — pas négociable.
Montant et calcul du crédit d’impôt
Le barème a évolué deux fois depuis 2021. Pour les dépenses 2025 — les dernières éligibles — voici ce qui s’applique, sur quelle base se calcule l’aide, et ce que ça donne en chiffres réels.
Le barème en vigueur pour les dépenses 2025
Pour une dépense payée entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025, le crédit d’impôt s’élève à 75 % du montant TTC (acquisition pose système comprise), dans la limite de 500 € par système de charge pilotable. Le crédit est restituable : si vous êtes non imposable, l’administration fiscale vous rembourse la différence par virement.
| Période de paiement | Plafond / système | Borne pilotable obligatoire |
|---|---|---|
| 01/01/2021 – 31/12/2023 | 300 € | Non |
| 01/01/2024 – 31/12/2025 | 500 € | Oui (sauf devis + acompte payés en 2023) |
| À partir du 01/01/2026 | Aucun (dispositif supprimé) | — |
Quelles dépenses sont prises en compte
Le calcul porte sur le prix d’achat TTC de l’équipement, pose comprise, tel qu’il figure sur la facture du professionnel. Inclus : la borne, la main-d’œuvre, le câblage, la modification du tableau électrique, la mise en service. Exclus : abonnements logiciels, entretien, options non installées, et tout ce que vous avez posé vous-même.
Exemple concret
Pose d’une borne pilotable Hager Witty à 1 600 € TTC en juillet 2025 par un installateur IRVE. 75 % de 1 600 € = 1 200 €. Plafonné à 500 €, votre crédit d’impôt sera donc de 500 € — à déclarer au printemps 2026.
Démarches : comment déclarer
La déclaration se fait via le formulaire complémentaire 2042 RICI, sur quatre cases dédiées. Aucun document à joindre, mais des justificatifs à conserver précieusement. Voici la marche à suivre, et les pièges qu’on voit revenir le plus souvent.
Justificatifs à conserver
Rien à joindre à la déclaration de revenus. Mais l’administration fiscale peut vous les réclamer pendant trois ans : facture acquittée datée, détail des prestations, coût de la pose, adresse d’installation, nom et qualification IRVE de l’installateur, caractéristiques techniques de la borne.
Les cases du formulaire 2042 RICI
C’est sur le Cerfa 2042 RICI (Réductions et Crédits d’Impôt) que tout se joue. Quatre cases dédiées :
| Case | Situation |
|---|---|
| 7ZQ | 1ᵉʳ système charge dans la résidence principale |
| 7ZR | 2ᵉ système charge dans la résidence principale (couple marié pacsé) |
| 7ZS | 1ᵉʳ système charge dans la résidence secondaire |
| 7ZT | 2ᵉ système charge dans la résidence secondaire |
Si vous avez accepté un devis et versé un acompte en 2023 pour une borne non pilotable installée plus tard, cochez en plus la case 7YG ou 7YH — ce régime transitoire reste possible sur demande.
Après la déclaration
L’avis d’imposition tombe à l’été 2026. Si le crédit dépasse l’impôt dû ou si vous êtes non imposable, le Trésor public vous reverse le solde par virement. Pour toute question, joignez votre service des impôts via la messagerie sécurisée d’impots.gouv.fr (réponse par courriel) ou le 0 809 401 401.
Erreurs à éviter
On voit revenir les mêmes : déclarer la dépense dans la mauvaise case (7ZQ vs 7ZS), inclure une prise renforcée non éligible, oublier d’exiger la facture acquittée, ou faire poser la borne par un électricien non qualifié IRVE. Cette dernière erreur est rédhibitoire — pas d’IRVE, pas de crédit.
Le crédit d’impôt en 2026 : suppression actée
L’épisode parlementaire de l’automne 2025 mérite d’être retracé, parce qu’il explique l’état actuel du dossier et donne des indications sur ce qui pourrait revenir dans le PLF 2027.
Ce qui s’est joué à l’automne 2025
Le projet de loi de finances 2026 prévoyait dès le départ la suppression. Plusieurs amendements ont tenté de sauver le dispositif. Celui porté par le député Jean-Pierre Vigier (Droite Républicaine), qui visait une prolongation jusqu’au 31 décembre 2027, a été adopté en commission le 20 octobre 2025… avant d’être rejeté en séance publique le 25 octobre. Avere-France, l’UFE, Mobilians et l’AFOR ont écrit au ministre de l’Économie. Sans succès. L’annexe « Voies et moyens » du PLF 2026 indique que 47 332 foyers ont bénéficié du dispositif en 2024 pour une dépense fiscale de 23 millions d’euros. Coût modeste, arbitrage défavorable.
L’enjeu des bornes pilotables
Avec l’arrivée des « heures super creuses » et la multiplication des prix négatifs liés au solaire, les bornes capables de programmer la recharge sont un levier de flexibilité du réseau. Elles permettent de recharger quand l’électricité est la moins chère. C’est précisément l’argument de la filière pour demander un nouveau dispositif. À suivre dans le PLF 2027.
Les alternatives au crédit d’impôt en 2026
Le crédit d’impôt borne de recharge n’est plus la seule porte d’entrée. D’autres aides financières existent — certaines réservées à la copropriété, d’autres ouvertes à tous. Tour d’horizon.
La prime ADVENIR : pour la copropriété uniquement
Le programme ADVENIR, piloté par Avere-France et financé par les certificats d’économie d’énergie, reste actif. Il ne finance plus les particuliers en maison individuelle — c’est le grand absent du dispositif 2026. Mais il monte en puissance pour la recharge en résidentiel collectif. Nouveau barème depuis le 1er avril 2026 :
| Type de prime | Avant 1er avril 2026 | Depuis 1er avril 2026 |
|---|---|---|
| Borne individuelle en copropriété (50 % du coût) | 600 € HT | 1 000 € HT |
| Infrastructure collective (jusqu’à 100 places) | 8 000 € HT | 12 500 € HT |
| Surprime parking extérieur | 5 000 € HT | 8 000 € HT |
| Surprime raccordement réseau | — | 50 % (max 3 000 €) |
Pour bénéficier des nouveaux montants sur l’infrastructure collective, le vote en assemblée générale doit intervenir à partir du 1er avril 2026 (PV faisant foi). Depuis 2016, ADVENIR a financé 46 000 points de recharge et 6 000 infrastructures collectives. Reste du chemin : selon le baromètre Avere-France/AFOR/Enedis du T4 2025, 85 % des immeubles ne sont ni équipés ni en cours d’équipement.
La TVA réduite à 5,5 %
Pour un logement de plus de deux ans, la fourniture et la pose d’une borne bénéficient d’une TVA à 5,5 % au lieu de 20 %. Avantage immédiat sur la facture, sans démarche déclarative. Conditions : pose par un professionnel qualifié IRVE. Sur 1 600 € TTC, l’écart représente environ 215 € — pas négligeable.
Aides locales et cumul
Régions, départements et communes complètent parfois par une aide financière allant de 200 à 1 500 €. Réflexe : interroger sa mairie et le site de sa collectivité avant tout devis. ADVENIR et TVA réduite sont cumulables. Le crédit d’impôt 2025 (encore mobilisable au titre des dépenses passées) se cumule également avec la TVA réduite et certaines aides locales — sous réserve que le total des aides ne dépasse pas la dépense réelle.
Cas particuliers et questions fréquentes
Quelques situations reviennent souvent : copropriété, résidence secondaire, contestation auprès des impôts. Les règles ne sont pas les mêmes selon le contexte.
Borne en copropriété : le droit à la prise
L’article 24-5 de la loi du 10 juillet 1965 (modifié par la loi LOM) consacre le droit à la prise : tout copropriétaire ou locataire peut installer une borne individuelle dans son emplacement, à ses frais, sans accord de l’AG. Le syndic peut s’y opposer uniquement pour un motif « sérieux et légitime ». Démarche : courrier recommandé au syndic, devis d’un installateur IRVE, étude technique. Sans réaction du syndic dans le délai légal, l’installation est validée.
Résidence secondaire et difficulté avec l’administration
Pour une borne en résidence secondaire, mêmes règles qu’en résidence principale : conditions et plafond identiques, cases 7ZS/7ZT au lieu de 7ZQ/7ZR. En cas de demande de justificatifs par l’administration, vous avez 30 jours pour répondre. Si le crédit est rejeté à tort, la voie est la réclamation contentieuse dans un délai de deux ans à compter de la mise en recouvrement. Service-Public.gouv.fr et impots.gouv.fr publient des fiches dédiées avec les modalités de saisine.
Choisir son installateur et sa borne
Le choix du professionnel et du matériel conditionne directement l’éligibilité aux aides. Deux points à vérifier avant de signer un devis : la qualification de l’installateur, et le type de borne adapté à votre usage.
La qualification IRVE est obligatoire
Sans installateur qualifié IRVE, pas d’aide financière, pas de crédit d’impôt. La qualification est délivrée par Qualifelec ou AFNOR Certification. Trois niveaux : P1 (jusqu’à 22 kW), P2 (avec supervision), P3 (charge rapide DC). Pour une borne domestique, P1 ou P2 suffit. Vérifiez la qualification sur le site de l’organisme — un faux justificatif n’est pas rare.
Quelle borne choisir
Pour un usage domestique, une borne de 7,4 kW (monophasé) suffit dans la majorité des cas et recharge une batterie de 50 kWh en environ 7 heures. En triphasé, 11 ou 22 kW raccourcissent le temps mais imposent un compteur adapté. Privilégiez une borne pilotable et communicante avec délestage dynamique : c’est ce qui évite les disjonctions et permet d’optimiser sur les heures creuses.
Ce qu’il faut retenir. Le crédit d’impôt borne de recharge n’est plus reconductible en 2026, mais reste mobilisable une dernière fois si la facture a été acquittée avant le 31 décembre 2025 — déclaration au printemps 2026 dans les cases 7ZQ à 7ZT du formulaire 2042 RICI. Pour les installations à partir de 2026, la TVA à 5,5 % et la prime ADVENIR (en copropriété) prennent le relais. Avec un parc de 1,5 million de voitures électriques et une part de marché à près de 29 % en mars 2026, l’équipement à domicile reste un investissement qui se paie tout seul à l’usage : recharger chez soi coûte environ trois fois moins cher qu’à la pompe — aide ou pas aide.
Sources : Service-Public.gouv.fr (F35578) · Impots.gouv.fr · BOFiP-IR-RICI-285 · Légifrance · Avere-France · advenir.mobi.







